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Pourquoi faire si compliqué ?

Des pièces d'acier hautes comme un immeuble de quatre étages et pesant plusieurs centaines de tonnes qui s'ajustent avec une précision inférieure au quart de millimètre, c'est un exploit industriel. Quand les éléments qui les composent sont fabriqués dans des pays de culture industrielle différente et que ces mêmes éléments, avant leur assemblage final, doivent affronter des mois de navigation entre plusieurs continents, c'est un défi à la limite du raisonnable.

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La fabrication des 18 aimants verticaux du système magnétique d'ITER — les « TF Coils », chacune haute de 17 mètres pour une masse de l'ordre de 350 tonnes — offre l'illustration la plus extrême de ce processus : la production du câble supraconducteur est assurée par six des sept membres d'ITER ; la structure externe (le « boîtier ») se compose de deux éléments, l'un fabriqué en Corée, l'autre au Japon ; les tests cryogéniques et l'insertion finale des bobinages se font, selon les cas, en Europe ou au Japon. Et une fois finalisée et débarquée à Fos-sur-Mer, la bobine doit encore être livrée à ITER en empruntant les quelque 100 kilomètres d'un « itinéraire » spécialement aménagé.

Le choix de ce mode de production, lourd, complexe, difficile à gérer, procède de la nature même d'ITER. L'objectif de cette immense entreprise, déployée sur trois continents, ne consiste pas seulement à construire un tokamak à Saint-Paul-lez-Durance — son organisation a été conçue, aussi, comme un programme pédagogique, une école mondiale des technologies de la fusion.

En répartissant l'ensemble des fabrications entre les différents membres du programme, ITER offre à chacun un double bénéfice : à court terme, une expertise scientifique et industrielle dans des domaines tels que la cryogénie, la robotique en milieu extrême, les technologies du vide, le magnétisme, l'électronique de puissance, etc. ; à moyen terme, les moyens humains et technologiques de lancer, s'il le souhaite, son propre programme de réacteur de fusion.

Les « pères fondateurs », il y a plus de trente ans, assumaient les difficultés de cette approche. Comme leurs successeurs aujourd'hui, ils savaient que ces contraintes étaient le prix à payer pour permettre à tous d'accéder à l'énergie de fusion.