Pietro Barabaschi : « La concurrence constructive est bénéfique pour notre secteur »
En accueillant plusieurs centaines de membres de l’écosystème mondial de la fusion à ITER, à l’occasion du 3ᵉ atelier public-privé, le directeur général d’ITER, Pietro Barabaschi, a estimé que la multiplication des idées et des ressources contribue à renforcer l’ensemble du secteur.
ITER vient d’accueillir, pour la troisième fois en trois ans, des représentants de l’ensemble du nouvel écosystème de la fusion — startups, entreprises et investisseurs. Pourquoi est-il important, selon vous, de créer ces passerelles ?
Pour moi, le programme ITER appartient à la communauté de la fusion. Il est financé par des fonds publics, et des citoyens de tous les Membres d’ITER y investissent depuis des décennies — transformant ce qui n’était autrefois qu’un concept sur le papier en une grande infrastructure de recherche.
Nous avons accumulé une quantité considérable de connaissances au fil du temps, ce qui nous permet déjà de partager des informations précieuses avec la communauté, sans attendre le début de l’exploitation scientifique. Nous partagions déjà avec les laboratoires publics des Membres d’ITER ; nous ouvrons désormais des voies de partage avec les initiatives privées et public-privé.
Pendant longtemps, ITER a été l’acteur majeur du domaine. Considérez-vous les initiatives du secteur privé comme une forme de concurrence ?
Historiquement, les Membres d’ITER suivaient chacun leur propre voie. Mais au début des années 1980, il est devenu évident que les défis étaient tels qu’il fallait s’orienter vers un effort collectif plus structuré. ITER est né dans cet esprit — lancé dans le cadre d’une vision plus large selon laquelle la coopération scientifique internationale pouvait être un vecteur de paix.
J’ai rejoint ITER dans les années 1990, durant cette phase de collaboration, et je suis très fier — comme tous ceux qui y ont contribué — de ce qui a été accompli ensemble, en particulier dans un contexte géopolitique alors complexe. J’ai ensuite quitté l’organisation pour mener d’autres projets, avant d’y revenir en 2022 en tant que directeur général. Je peux dire qu’à ce moment-là, ma vision de la collaboration avait évolué. À mesure que la livraison des composants s’accélérait, nous avions un projet de construction à mener à bien, et un excès de recherche du consensus a parfois ralenti l’exécution.
Je pense qu’il faut trouver un juste équilibre entre coopération et concurrence. Il n’est pas souhaitable d’être seul sur le terrain. Si des compromis sont inévitables dans tout partenariat — surtout à cette échelle — ils doivent être soigneusement évalués au regard des objectifs du projet et en pleine connaissance de leurs conséquences.
Le fait que de nombreuses idées émergent et que des ressources supplémentaires se mobilisent contribuera à renforcer ce domaine de recherche. L’équilibre entre coopération et concurrence dans cette aventure de la fusion permettra de créer de la valeur pour tous.
Que peut apporter le programme ITER aux initiatives privées dans la fusion ?
ITER joue un rôle distinct et essentiel. C’est le lieu où la physique, l’ingénierie et la réalité industrielle de la fusion sont réunies et testées à grande échelle. Nous produisons des connaissances, du savoir-faire, des données et une expérience de mise en service qui peuvent bénéficier à l’ensemble des initiatives de fusion, publiques comme privées.
Je souhaite également qu’ITER serve d’exemple en matière de gestion de projet. Au cours des trois dernières années, nous avons opéré un véritable redressement et menons désormais les phases les plus critiques de l’assemblage de la machine dans le respect des coûts et du calendrier. Je pense que nous avons collectivement démontré que la coopération internationale peut être mise en œuvre de manière très efficace. Les ajustements que nous avons apportés offrent des enseignements précieux, que nous sommes prêts à partager.
Ce n’est sans doute pas un hasard si ces progrès à ITER s’accompagnent d’un niveau de concurrence plus sain dans le secteur privé. Les investissements affluent dans les technologies de fusion et de nombreuses startups émergent à travers le monde — une évolution encourageante, qui peut aussi bénéficier à ITER de multiples façons.
Notre mission est de soutenir la communauté de la fusion. Si vous en faites partie dans l’un des Membres d’ITER, n’hésitez pas à venir nous rendre visite — même en dehors de notre atelier annuel — pour voir ce dont vous avez besoin pour faire progresser votre propre projet. De nombreux défis techniques nous attendent tous, qui mettront nos capacités à l’épreuve. Je considère ITER comme un lieu de collaboration s’inscrivant dans ce nouveau contexte de concurrence saine.
Note de la rédaction : Voir la nouvelle page de ressources consacrée à l’engagement avec le secteur privé dans la fusion.